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Décés de Roland Damaschini

par webmaster - publié le , mis à jour le

Décés de Roland Damaschini

Roland Damaschini, enseignant-chercheur au Laboratoire Aimé Cotton de 1962 à 2001, est décédé le 27 mai 2018. Il était le précurseur du laser accordable.


Evocation de la carrière de Roland Damaschini, par René Farcy


En tant qu’élève puis collègue de Roland durant ces 25 dernières années, je vais retracer quelques faits de son activité scientifique et de sa personnalité.
Sa thèse faite avec Jean Brochard traitait des profils des raies de l’Hélium à basse température. Pour les besoins de son travail il avait réalisé en 1967 un sélecteur de fréquence pour laser à gaz. Il avait modifié une cavité laser à argon et mis un prisme à l’intérieur afin de pouvoir sélectionner une raie. On était au début des lasers, cela a été de fait le premier laser accordable.
Il m’a juste parlé une fois 30 secondes de ce montage pour lequel Alfred Kastler était venu à son jury de thèse. Et j’ai pu retrouver dans le petit livre de la collection « que sais-je ? » qui résume en une trentaine de page l’histoire du laser, que Roland étant référencé pour l’origine de la cavité accordable.
Quand on connait l’essor qu’ont eu ces techniques les décennies suivantes, n’importe quelle personne, un tant soit peu douée pour l’auto publicité, serait devenue une vedette internationale du milieu scientifique, mais ce n’était pas du tout le style de Roland.
Roland m’a souvent fait l’éloge de l’action du directeur Feneuil qui avait consisté à retirer le pouvoir aux chefs d’équipe du laboratoire et rendu à chaque chercheur la liberté de s’associer à qui il voulait pour un projet. Dans ce cadre il a travaillé avec Raymond Vetter, Jean Vergès, Phillipe Cahuzac sur les transferts d’excitation entre atomes, la spectroscopie à transformée de Fourier, la spectroscopie sans effet doppler. Ce qui l’intéressait le plus était certainement la conception instrumentale. A partir des années 80, il a travaillé sur ses projets d’amélioration de la sensibilité des spectromètres à réseau et sur le codage optique des pupilles pour la résolution subabbération.
Sur le plan de l’enseignement, il a travaillé une année en tant qu’instituteur dans son village natal, avant d’arriver à Orsay au milieu des années 60 en tant qu’assistant du professeur Brochard. Je l’ai connu en 93 en tant qu’élève du DEA d’optique et photonique où il enseignait le cours « signal et bruit » et où il était avec Jean Paul Hugonin responsable des stages. J’ai d’abord été surpris par son examen, contrairement aux habitudes, la difficulté n’était pas de faire les calculs mais de comprendre la question. Lors des jurys des soutenances de stage, il était redouté, il trouvait vite les points faibles et posait les bonnes questions, surtout celles que l’on aurait aimé éviter. C’est ce qui m’a d’ailleurs convaincu pour le solliciter comme directeur de thèse.
Il y avait plusieurs idées possibles, dont celui de faire un télémètre pour les aveugles. Au bout de quelques semaines il me dit, « ce n’est pas mon habitude de faire de l’autorité, mais je suis sûr, oublie tout le reste », « c’est le télémètre laser pour aveugles qu’il faut faire ». Je lui ai dit que cela n’allait pas suffire faire pour une thèse, que cela n’allait occuper que quelques mois. Il m’a répondu que cela fera très largement une thèse et plus. 25 ans plus tard le travail ne manque toujours pas sur le sujet…
Roland ne savait pas ou ne voulait pas faire sa propre publicité, mais il pouvait être très habile pour faire celle des autres, il a réussi à me faire recruter en Maître de conférence à l’issu de ma thèse, candidat totalement improbable, hors sujet et hors circuit que j’étais.
Il y avait aussi le Roland surnommé « le capitaine » du groupe de 13h à la cantine puis à la Cafeteria, grand bavard, contradicteur, moqueur, amateur de contrepèteries et calembours, acceptant volontiers la dérision de la part des autres. "L’argent ne fait pas le bonheur de ceux qui n’en ont pas », son expérience utilisant des lentilles très pure en NaCl qualifiée de « recette du salé aux lentilles ». Ses exploits de navigation quand il a retrouvé la côte surpris dans la brume sans instruments, ne saurait faire oublier son naufrage en descendant l’Ardèche où il a échoué dans un camp de nudistes. Il avait une voix grave qui portait, discutant avec son collègue de bureau sur les sources de bruit, thème de son cours « signal et bruit », un collègue est venu se plaindre du bruit qu’il faisait.
Il disait qu’au moment de choisir son métier, qu’il voulait éviter ceux où l’on devait rester 8 heures sur une chaise.
Effectivement il tenait beaucoup à l’action sur le terrain, l’aspect purement instrumental était loin de résoudre la question du déplacement des aveugles, il fallait mettre au point la formation, former les thérapeutes, comprendre comment faire évoluer les appareils pour être plus efficace etc. Nous organisions tous les lundis des séances d’entrainement au Forum des Halles, ainsi que des stages intensifs d’une semaine. Cela était très éprouvant, 6 à 7 heures voir plus de mi marche, mi piétinement, ce qui éprouve la colonne vertébrale et tétanise les muscles, il était toujours là, même quand le début de sa maladie lui rendait la marche plus difficile. Il n’a quitté les formations sur le terrain que lorsque physiquement il lui était impossible de participer. Il a alors créé en 2006 avec Jean-Marie Murienne l’Association Formation Cannes Blanches Electronique qui a géré au niveau national puis international les formations de non-voyants. Il continuait à relire et corriger les thèses et je devais bientôt lui apporter un nouveau manuscrit.
Roland ne se plaignait jamais. Jamais un mot sur les souffrances de sa maladie, même s’il pouvait parler d’un exercice de rééducation qu’il trouvait intéressant. Sur le plan professionnel il a toujours dit qu’au laboratoire Aimé Cotton nous étions des privilégiés, que les conditions de travail étaient exceptionnellement bonnes. On se voyait tous les mois pour faire le point, il prenait des nouvelles des anciens jeunes qui sont maintenant les vieux, ou les émérites et suivait l’évolution du laboratoire. 
Je remercie Roger, Nouari et Christophe pour leurs contributions à ce texte et Eliane pour avoir prévenu les anciens.


 


Message de Jean-Marie Murienne, non voyant, trésorier de l’Association Formation Cannes Blanches Electroniques dont Roland Damaschini était le président.


Roland, nous nous sommes connus lors du premier stage de formation aux cannes électroniques dans le gymnase de l’Université au début des années 2000. J’ai le souvenir de quelqu’un de très attentif à tout le fonctionnement du stage. C’était la mise à l’épreuve de la réalité de ton activité de recherche. Tu étais particulièrement vigilant sur la sécurité, tu m’as vivement attrapé par les épaules au bord d’un escalier. Lors des stages suivant où je rendais visite aux nouveaux, nous nous sommes liés d’amitié. L’activité augmentant, nous avons créé ensemble l’Association Formation Cannes Blanches Electroniques pour pouvoir y faire face. Là où tu es maintenant, pour quand je te rejoindrai, peux-tu préparer une solution pour recharger ma canne électronique ?